Espérance en Casamance

Rassembler nos efforts aux services des plus démunis

1
2
3
4
5
6

Projet pour les maternelles sénégalaises : crayons de couleur…

IMG_0194 IMG_0141

De nombreux efforts ont été réalisés par les familles, les assistant(e)s maternel(le)s et l’Etatpour offrir aux enfants de 3 à 6 ans un espace d’accueil.Au delà de l’équipement de base (tables et chaises) et de programmes ambitieux, il y a un manque criant de matériel favorisant la créativitéet en particulier- peu de papier pour dessiner- peu ou pas de pastels, feutres, crayons de couleur- pas de gouaches, peintures à l’eauNous avons été bouleversés de voir comme sur ces photos, au delà de leur sourire,- des dessins au crayon noir, car cette école ne disposait d’aucun crayon de couleur ou pastel- des enfants inactifs alors que ce sont sans doute des artistes en herbe.La visite de nombreuses écoles nous a fait prendre mieux conscience de ce manque.Nous avons tous des crayons de couleurs de toutes les tailles ou des feuilles au fond de nos tiroirs, des tailles crayons, ciseaux... Si vous le souhaitez, nous les apporterons personnellement dans chaque école.Merci du fond du cœur 

Le Symbolier : objet de honte, objet d'humiliation, témoin d'une pratique coloniale dommageable 

IMG_5320 IMG_0361

Il est bouleversant de constater que plusieurs écoles primaires en Casamance utilise le symbole ou symbolier.
Son utilisation part d’un rêve des enseignants de contribuer à faire entrer le français dans la tête des enfants, langue qui est rarement leur langue maternelle.
Nous avons utilisé, en France, il y a 60 ans le même genre de torture psychologique : le bonnet d’âne, les sabots enBretagne.
Humilier un enfant, c’est lui apprendre à humilier.
Mépriser un enfant c’est lui apprendre à mépriser.
Tous les psychologues confirment que la meilleure façon d’apprendre le français ou n’importe quoi d’autre est de valoriser l'enfant.
C’est la base de la pédagogie.
Lui lire des histoires sans la terminer pour l'inviter à lire la fin lui-même, motiver grâce à des bibliothèques attirantes, enthousiasmer...J’ai entendu un enseignant me dire “Si je n’humilie pas les enfants . Ce sont eux qui vont m’humilier.” Grave non ?Il est temps de réfléchir sur les conséquences à long terme des punitions, de l'éducation par la honte 
Eduquer sans punitions ni récompenses commentaires de Vincianne Marlière Éduquer, du latin " faire sortir de, élever". Très beau mot qui eut longtemps une connotation péjorative, car d'extraction populaire. Et pourtant, quel plus beau métier que celui d'ouvrir un enfant au monde qui l'entoure, lui donner faim de découvertes, respect des autres et de lui-même, désir de s'engager, aptitude à vivre pour tout résumer.
Quel beau et difficile métier que nous exerçons tous sans y avoir été formés, souvent d'ailleurs contre l'éducation que nous avons reçue ou du moins ce qui en elle nous blessait dans les formes autant (voire plus ) que dans le fond. Éduquer sans punitions ni récompenses. Tel est le titre d'un petit livre découvert au printemps dernier et qui, derrière un léger volume de pages cache bien des questionnements. Il s'adresse tout autant aux parents qu'aux enseignants. L'auteur nous précise d'emblée qu'il n'espère aucune adhésion immédiate et non critique à ce qui pourrait paraître être des certitudes. Eduquer sans punition ni récompense est un chemin en soi qui ne saurait se figer dans les mots et peut rester joyeux.
 L'auteur, Jean-Philippe Faure, est parti de son expérience d'enfant éprouvant très jeune à quel point l'école et les adultes le contraignaient à refouler la part sensible de son être pour n'entasser en lui que des savoirs et procédures dont il ne voyait aucune utilité immédiate ou lointaine.
Cet " illettré émotionnel" comme il se présente gardait pourtant en germe au fond de lui l'envie de découvrir l'éducation qu'il aurait aimé recevoir.
Ce fut chose faite lors de sa rencontre avec le concept de communication non violente, dont il ne tarda pas à devenir formateur en écoles et institutions. 

Quelques constats: 
C'est la société qui décide pour nous de ce qui est bon pour chacun d'entre nous et souvent à seule fin d'une reconnaissance sociale: il vaut mieux encore aujourd'hui être avocat ou médecin que maraîcher ou électricien.Ce besoin de reconnaissance a pour conséquence la violence qui, dans un groupe ou chez une personne, consacre la compétition entre les êtres. Pour obtenir cette compétition et les résultats qui les valident, les éducateurs recourent souvent à des injonctionss contradictoires, alternant menaces de punitions et promesses de récompenses si... En d'autres termes le chantage. 

La société sécrète ainsi:
- Une véritable " culture de la peur ", dans laquelle quelqu'un qui paiera son pain le fera davantage par crainte d'être pris à le voler que par souci de rembourser l'artisan de son travail. Dans laquelle celui qui respecte les limitations de vitesse le fait davantage pour éviter l'amende que par attention à la vie d'autrui. Dans laquelle les individus renonceront petit à petit à la liberté de dire calmement non, y compris à une loi inique. 
- Une culture de l'erreur confondue avec la "faute " Combien de jeunes sont davantage intéressés par la note que va mériter leur copie que par le trajet global d'apprentissage dans lequel s'insérera l'épreuve, avec ses réussites et ses échecs toujours constructifs? Or nous savons tous que nous ne progressons que lorsque l'inattendu montre son nez, nous oblige à sortir de l'ornière de nos certitudes. Nous ne progressons que lorsque les tests et épreuves que l'on nous fait passer, réussis ou totalement contre-performants sont vécus, non pas comme une définition figée de notre personne dans le regard d'autrui, mais restitués à " leur fonction première de soutien et d'initiation de processus". 
- Une culture de la critique qui est vécue " comme une épreuve " par l'élève. Bien souvent, l'écoute empathique de l'enseignant, la re-formulation des craintes exprimées par l'élève dans telle ou telle situation suffisent à transformer une critique pouvant être vécue de façon dévalorisante en véritable tremplin. Tout tient en deux petits mots " Accueil" et " Bienveillance".
Accueil des fragilités de l'autre, de ses maladresses, de sa difficulté à s'exprimer, accueil de NOS propres fragilités.
Mais ce respect de l'autre, cette empathie qui nous permet de rester ouverts aux plus rudes formulations ne peuvent exister que si nous sommes reliés à nous-mêmes, " A ce qui nous habite, tant sur le plan corporel, qu'émotionnel et intellectuel. La capacité à manifester notre propre vulnérabilité est vue en Communication non violente comme le contraire d'une faiblesse." Ceci va bien sûr "à rebours des schémas culturels contemporains. (...) La tranquillité dans les situations difficiles ne sécurise que quand elle est le résultat d'un processus d'accueil de notre vulnérabilité et de prise de conscience de nos émotions."La formulation de notre colère, par exemple, peut devenir " cadeau de vérité, pour autant que nous parvenions à l'exprimer de façon constructive" et non culpabilisante. 
Que serait une école qui éduquerait sans punition ni récompense? Elle favoriserait chez chacun le plaisir d'habiter son propre corps. En particulier en créant des espaces ou rituels qui exauceraient le besoin de bouger en classe ( rondes de réflexion ). Elle proposerait entre les temps d'apprentissage des temps de défoulement ou au contraire relaxation, au cours desquels seraient partagés les ressentis physiques et leurs messages.
Notre société devient visuelle, au détriment de tous nos autres sens que sont le tact, le goût, l'odorat, l'ouïe. Créer avec les enfants des cartes sensorielles, sonores, olfactives, de leur environnement est très enrichissant pour leur développement.
 Elle animerait des ateliers pour développer les sens du rythme ou de la danse. Elle aiderait les enfants à se fabriquer un abécédaire émotionnel, sans refouler ce qui est habituellement considéré comme "mauvais sentiments": ennui, colère, frustration, peur. "
J'ai le souvenir joyeux d'une expérience dans un camp de vacances. Pour initier les enfants à l'expression des sentiments, nous avions peint un grand cercle où, à différentes émotions, correspondait une couleur. Avant la réunion quotidienne, chacun se peignait le visage en suivant ce code, les teintes représentant la ou les sensibilités de l'instant."
 Elle valoriserait l'étonnement et la surprise. Elle établirait sans cesse des liens entre les différentes matières enseignées. Elle cultiverait cet élan formidable qui a permis à l'enfant d'apprendre, sans programme, sa Langue maternelle les premières années de sa vie. Elle se fonderait donc, non pas " sur les visées d'un état, mais sur les besoins individuels des élèves et des enseignants." 
Si l'éducateur reste en liaison avec ses propres élans, avec les rêves qui ont nourri sa vocation, s'il peut être lui aussi accueilli dans les moments où il éprouve le besoin de se poser, de se ressourcer, il entraînera naturellement ses élèves " dans la joie d'explorer". Mais cette joie d'explorer ne restera vivante que dans " un cadre riche, ouvert, incitatif, avec bien des outils et des sujets d'exploration mis à disposition. Le moins possible de pression vers un but, tant qu'un écolier n'a pas choisi une direction claire, parce que les contraintes suscitent une résistance proportionnelle à la force exercée. Cela ne veut pas dire que la notion d'objectif est abandonnée, mais ceux-ci sont évolutifs et doivent rester au service de la démarche d'apprentissage.
La construction de cerf-volants n'a pas plus ou moins de valeur que la trigonométrie, pour autant que la matière soit abordée avec passion et que le contexte permette d'en faire germer les acquis."
 Et pour que le germe pousse, nous dit l'auteur, le savoir ne doit pas être ingurgité sans commentaires, car il devient alors certitude donnée d'en haut, croyance qui fige la merveilleuse plasticité de l'intelligence enfantine. 
L'école mettrait l'accent tout autant sur l'apprendre que sur le désapprendre, le mémoriser que l'oublier, sur le rapport à la surprise et sa fécondité. Observer devrait selon l'auteur devenir une des priorités de l'école. L'enfant y cultiverait un rapport rigoureux avec la réalité. Bien sûr se pose la questions des limites que l'on donne à l'enfant dans le souci de son bien-être et sa sécurité, aussi bien à la maison qu'à l'école.L'enfant a besoin de ne pas sentir menacées son intégrité corporelle ou psychique. Des règles claires mises au seul service de la vie suffisent souvent, pourvu que celui ou celle qui définit les limites à ne pas enfreindre soit au clair avec ses motivations à les poser.L'enfant est très sensible aux contradictions entre ce qui est dit et ce qui est manifesté. Une règle sera bien plus aisément appliquée et sans faire violence si celui qui l'édicte en exprime clairement les raisons profondes: "
Je tiens à ce que tu ailles au lit à neuf heures parce que j'ai besoin de me reposer à partir de cette heure là."
 Souvent le parent ( ou l'enseignant) trop directif, face à l'échec de ses règles trop pressantes, finit par sombrer dans le laxisme. Une pédagogie parentale ou enseignante non directive s'appuie sur la clarté de la circulation des informations, la confiance réciproque, et contre toute attente, un nombre plus grand de repères. En effet, " ce n'est pas au niveau du faire, mais au niveau de l'être, que les limites vont acquérir toute leur puissance".
C'est par l'exemple dans toutes les situations de vie que l'enfant va comprendre l'utilité pour lui et pour les autres des règles proposées. Elle peuvent être de différente nature: transmission d'information, d'opinion, d'expression de notre ressenti, de demandes concrètes et réalisables, de clarification des champs non négociables, d'indication de la causalité liée à une action ( se brûler si on touche le feu) etc. Surtout, la parole doit être cohérente et tenue: l'adulte doit faire ce qu'il dit et exprimer ce qu'il est/fait. Un parent qui menace son enfant de l'abandonner dans le magasin s'il continue de trépigner pour avoir un jouet est incohérent, excessif, et au bout du compte, perdra la confiance de son enfant et le peu d'autorité qu'il pouvait exercer sur lui. Les limites que nous posons à l'enfant pour l'aider à s'élever sans violence ni récompense doivent:
- Lui offrir des renseignements nombreux, clairs et fiables
- Être en lien avec nos propres besoins, expliquées, évaluables
- La parole qui les porte doit être souple et accepter de se remettre en cause. 
L'expérience pratiquée dans nombre d'écoles en Suisse montre que dans un espace ouvert, l'enfant en échec ou en "non envie " se réinvestit très rapidement et avec confiance dans les divers apprentissages proposés. 
Une école non directive
- mettrait l'accent sur les élans et besoins des enseignants et élèves
- proposerait une grande fluidité dans l'évolution des règles et des rôles
- prendrait en compte l'être dans sa globalité émotionnelle, corporelle, intellectuelle
- accueillerait avec empathie les conflits et besoins
- ferait prendre conscience systématiquement des conséquences de chaque acte
- se fonderait sur des prises de décision consensuelles
- favoriserait le co-apprentissage ( élève à élève, enseignant à élève, enseignant à enseignant, élève à enseignant)
- proposerait des espaces de création artistique ou autres à ceux qui ne voudraient pas, un temps, suivre les cours.
Les enfants adorent jardiner, cuisiner, coudre, ou s'occuper de petits animaux.
- ouvrirait l'espace de l'école aux interventions extérieures 
J'ai beaucoup aimé ce petit livre. Bien sûr, j'ai rencontré foule d'enseignants qui vivaient déjà ainsi, partiellement ou totalement, très près de cette forme de pédagogie. J'en ai rencontré d'autres, enfant ou adolescente ou même maman, bien plus... rigides. Il m'a ramenée aux temps assez lointains où j'animais des matinées musique dans l'école primaire de mon village, bénévolement et en parfaite osmose avec les instituteurs. Avec peu de moyens alloués, souvent payant de leur poche les "outils " nécessaires au projet de classe, ces maîtres et maîtresses avaient compris que toute éducation doit être mise au service... de la vie.